voilà ce que la prof de français nous fait écrire ..... elle est folle !
Le dialogue
Le mot dialogue vient du grec dialogos composé de dia qui veut dire 2 fois et de logos qui signifie discours. Il désigne à l'origine un échange de paroles entre deux personnes. Ce mot peut renvoyer à une situation de communication réelle mais aussi à un échange de propos dans une oeuvre littéraire. Dans ce cas, il ne désigne plus uniquement les conversations à deux voix, mais l'ensemble des paroles échangées par les personnages dans l'oeuvre.
On peut distinguer deux catégories de dialogue. Tout d'abord celui qui est utilisé comme composante d'une oeuvre, mais ne détermine pas son genre;on pense par exemple au dialogue intervenant ponctuellement dans un roman, une fable ou un conte.
La seconde catégorie de dialogue constitue un genre à part entière. Elle renvoie au dialogue philosophique (dialogue guidé) : ce genre, appartenant soir à le philosophie proprement dite soit à la littérature d'idées, repose sur le principe d'une confrontation d'idées de laquelle doit émerger une vérité.
Le dialogue devient un genre à part entière si deux conditions sont réunies :
-premièrement, il faut que la forme dialogué occupe la totalité de l'oeuvre.
-deuxièmement, il est nécessaire que cet ouvrage soit de nature argumentative, qu'il est pour principal objectif de délivrer un message ou du moins de faire réfléchir à un sujet donné.
Le dialogue vient de l'antiquité grecque, inventé par Platon en tant que genre philosophique. Il est l'auteur de 28 dialogues dont le Cratyle, Menon, le Banquet. Le dialogue, selon Platon, repose sur une méthode spécifique appelée maïeutique. A l'origine, maïeutique veut dire"art de faire accouche". Dans un dialogue, la maïeutique a pour but de faire accoucher l'esprit des idées qu'il contient, c'est-à-dire de permettre à chacun de penser par lui-même.
Ce qui importe donc dans le dialogue, ce ne sont pas les énoncés qui vaudraient comme vérité mais bien le cheminement particulier que Socrate fait suivre à son interlocuteur, le travail particulier d'orientation ou de désorientation, quand il s'agit de remettre en cause les idées émises par son élève, de la pensée. C'est pourquoi les premiers dialogues rédigés par Platon sont des apories (raisonnement aboutissant à une impasse) en ce sens, Platon est en tout point à l'opposé d'Aristote et de Rousseau qui érige sa pensée sous la forme de traité. Par ailleurs, bien plus que le désir de satisfaire au respect des règles d'un genre littéraire, le dialogue offre une réflexion très élaborée sur le langage et ses enjeux, comme le rappelle l'étymologie grecque. C'est à travers le discours de l'autre que je peux mesurer ma propre pensée, en contrôler la cohérence, c'est-à-dire comme le reprendra la langue latine la raisonner (ratio = logos).
Dialoguer, c'est tenter de convaincre (appel à la raison et à la logique), de persuader (appel aux sentiments) aussi trouve-t-on dans le dialogue socratique les procédés de l'argumentation, même si, force est de constater, dans le dialogue philosophique, ces procédés dépassent le cadre de la simple logique.
La règle absolue : dans un dialogue, il faut bannir les répliques trop longues qui dériveraient vers l'exposé ou la conférence, méthode pratiquée par les sohistes. On progresse par un jeu de questions-réponses : procédé de la dialectique.
La règle de l'accord: il s'agit de vérifier que l'on s'entend bien sous la terminologie des termes que l'on utilise. L'analogie (métaphore, comparaison, personnification, chosification, allégorie) permet de comprendre plus précisément la pensée et de manière plus éloquente. Par exemple, Socrate "faut-il enseigner l'art de l'escrime (moyen) aux enfants (la faim) ?" il répond "lorsqu'on examine un remède pour les yeux, faut-il examiner le remède (moyen) ou les yeux (la faim) ?" Il faut donc s'interroger sur le but avant le moyen. Socrate use une analogie de construction qui sert de raccourci ou de feinte quand l'interlocuteur refuse de comprendre.
L'argument d'autorité : il s'agit de citation d'auteur/d'homme célèbre ayant déjà étudié le sujet et ayant donné un avis pertinent. Socrate faisait référence à Homère ou a Pindare. L'argument d'autorité n'est pas irréfutable, il ne peut constituer une preuve mais facilite la compréhension et donne du poids au propos de celui qui y a recours en enracinant le dialogue dans une tradition bien connue des interlocuteurs. Il s'agit là aussi d'un procédé pédagogique permettant de contourner les obstacles. Enfin, il faut arriver à combattre les pré-supposés si l'on veut arriver à faire accoucher une idée neuve, il faut faire table rase de tout les éléments qui pourraient venir entraver cette mise en oeuvre de la pensée.
En philosophie, il faut entendre par pré-supposé ce qui, dans le texte argumentatif relève du sous-entendu.
Le but du dialogue est de contraindre l'interlocuteur à dialoguer avec ses propres pensées. Moins fastidieux qu'un essai, il apparaît au XVIIIème siècle plus adapté au goût du public qui pratiquait l'art de la discussion dans les salons à la mode. Aussi, le dialogue, en privilégiant le caractère oral de l'oeuvre permet de mettre en évidence la diversité des points de vue. Le texte devient alors polyphonique et facilite le développement de l'esprit critique.
La discussion suppose que les interlocuteurs trouvent un terrain d'entente, sinon c'est une aporie. C'est bien ce qui se passe dans le supplément au voyage de Bougainville: A partage l'avis de B comme la jeune aumônier reconnaît le bon sens des jugements d'Orou. Le dialogue est donc tout à fait adapté à la situation polémique du texte de Diderot : il dénonce la colonisation, mais lorsqu'il s'en prend aux lois civiles, religieuses et naturelles, il les dénonce aussi. Le dialogue est ainsi la démonstration que la pensée n'est pas arrêtée une fois pour toutes, qu'elle est en mouvement et qu'elle peut évoluer dès lors que les interlocuteurs sont de bonne foi et font appels à la raison.
La forme discursive met en place différentes stratégies comme l'attaque, la défense, l'indignation, l'ironie, la provocation, qui constituent autant d'éléments qui introduisent une certaine dynamique tenant en éveil l'attention du lecteur.